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about rwanda L'inavouable, La France au Rwanda (Patrick de St-Ex.) (extraits) (3/5) (1 viewing) (1) Guests
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TOPIC: about rwanda L'inavouable, La France au Rwanda (Patrick de St-Ex.) (extraits) (3/5)
#3152
Johan Viroux (Visitor)
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about rwanda L'inavouable, La France au Rwanda (Patrick de St-Ex.) (extraits) (3/5) 2 Years, 2 Months ago  
de Saint-Exupéry Patrick, L'inavouable, La France au Rwanda, éd. Les Arènes, 2004 (p.176) Nous sommes remontés à l'automne 1990. Au 2 octobre, très exactement, au lendemain d'une attaque lancée contre le Rwanda par une rébellion venue d'Ouganda. Jean-Christophe Mitterrand, conseiller du président pour les affaires africaines, est à l'Élysée. Son téléphone sonne. Au bout du fil, le président rwandais Juvénal Habyarimana. La conversation terminée, le fils du chef de l'État français déclare : « Nous allons lui envoyer des bidasses, au petit père Habyarimana. Nous allons le tirer d'affaire. En tout cas, cette histoire sera terminée en deux, trois mois. 1 La France, la Belgique et le Zaïre volent au secours des autorités rwandaises. Bruxelles et Kinshasa se désengagent rapidement. Paris reste, s'installe et s'implique lourdement aux côtés de Kigali, de « la famille », de notre famille... En plus des quelques bidasses promis - des éléments du 2e régiment étranger de parachutistes (REP), le fleuron de la Légion étrangère -, nous mettons en place des 1.      Gérard Prunier, op. cit. (p.177) programmes d'instruction militaire. Nous acheminons aussi des tombereaux d'armes. En février 1992, nous en livrerons plusieurs tonnes par jour. Très vite, les chiffres se mettent à valser. Nous fournissons pour un million d' euros d' armes en 1991, pour près de trois millions d'euros en 1992, pour plus d'un million d'euros en 1993. Mais attention, il ne s'agit là que du sommet de l'iceberg : les relations entre Paris et Kigali sont un tiers émergées, deux tiers immergées. En sous-main, d' étranges intermédiaires se faufilent dans les coulisses : Paul Barril, l' ancien gendarme du GIGN, qui devient le conseiller officieux du régime rwandais; Pierre-Yves Gilleron, un ancien commissaire de la Direction de la surveillance du territoire (DST) passé lui aussi par l'Élysée, qu'il a quitté en 1986, et qui négocie, selon son « ami Barril, la fourniture à la présidence rwandaise d'un Falcon 50 pour dix millions d'euros, facture payée par le ministère de la Coopération; le Crédit lyonnais, banque nationalisée, qui y va de son écot et garantit pour six millions de dollars, en mars 1992, la livraison d'armes au Rwanda par l'Égypte ; des officines comme la société DYL-Invest, basée en Haute-Savoie, qui signe en 1993 un contrat de fourniture d' armes portant sur un peu plus de douze millions de dollars... (p.178) C'est totalement démesuré. De 1981 à 1988, le Rwanda n'avait acheté qu'un total de cinq millions de dollars de matériel militaire. Soit, en sept années, même pas l'équivalent de la seule garantie accordée par le Crédit lyonnais en 1992. C'est démesuré mais cela correspond à l' effort de guerre mené par le régime Habyarimana. Les effectifs militaires enflent dans le même temps dans des proportions inquiétantes : cinq mille deux cents soldats en octobre 1990, quinze mille à la mi-1991, cinquante mille à la mi-1992... Sans état d' âme, sans débat, sans se poser la moindre question, Paris fournit, équipe et entraîne cette armée recrutée à la va-vite. Et cela va plus loin, beaucoup plus loin. La France prend les rênes de l'armée rwandaise. Le 3 février 1992, le Quai d'Orsay adresse une note à 1'ambassade de France à Kigali. A compter du 1er janvier 1992, est-il indiqué, « le lieutenant-colonel Chollet, chef du détachement d'assistance militaire et d'instruction (Dami) exercera simultanément les fonctions de conseiller du président de la République, chef suprême des Forces armées rwandaises ( FAR), et les fonctions de conseiller du chef d'état-major de l' armée rwandaise . Autrement dit, un militaire français endosse la responsabilité de la guerre que mène le gouvernement (p.179) rwandais. Ce n'est pas jouer sur les mots : la note précise que les pouvoirs de l' officier français auprès du chef d'état-major consistent à « le conseiller sur l'organisation de l'armée rwandaise, l'instruction et l'entraînement des unités, l'emploi des forces . En termes militaires, cela peut être interprété comme un ordre opérationnel. Il sera appliqué. Strictement. Et cela va plus loin, beaucoup plus loin. A Paris, le chef de la mission militaire du ministère de la Coopération, le général Huchon, coordonne l'ensemble de l'exercice en liaison avec le général Quesnot, chef d'état-major particulier de François Mitterrand. Quand le lieutenant-colonel Chollet, « conseiller » du président rwandais, devient trop « visible , il est remplacé aux mêmes fonctions par son adjoint, le lieutenant-colonel Maurin. Il ne s'agit donc pas d'un coup de tête, mais bel et bien d'une action concertée. Et cela va plus loin, beaucoup plus loin. Tous les rapports faisant état de risques de massacres sont ignorés par Paris. Au début 1993, le Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) publie une enquête accablante pour le régime rwandais. Les responsables d' escadrons de la mort y sont nommément désignés, on y parle des prémices d'un « génocide ». (p.180) Le chef de l'État rwandais est directement mis en cause.  La France aussi. Un repenti des escadrons de la mort est cité. Il explique : «Des instructeursfrançais m'ont appris, en 1991, à lancer un couteau, à assembler monfusil. Dans un camp, sur le mont Kigali, nous avons fait ensemble des exercices de tir. Il y a eu des stages pour ça eyt aussi pour les milices. » L'enquête est transmise à l'Élysée. Qui ne réagit pas. Cette même année, le rapporteur de la commission des Nations unies pour les droits de l'homme rédige un autre rapport. Il y mentionne « un éventuelgénocide » en préparation et fait état de « la nécessité de démanteler les caches d'armes », ces caches où l' on dissimule les armes que Paris fournit secrètement par brassées. Mais à l'Élysée, on ne veut toujours rien savoir. À l'automne 1993, François Mitterrand reçoit le président Juvénal Habyarimana à Paris. C'est une visite officielle avec tapis rouge, garde d'honneur... En dépit de tous les avertissements, le Rwanda reste un allié, un allié que Paris persiste à soutenir en secret envers et contre tout. Et cela va plus loin, beaucoup plus loin. Début 1994, alors que la France assure s'être totalement désengagée du Rwanda, une trentaine de soldats restent sur place. Par l'intermédiaire du vendeur d'armes (p.181) Dominique Lemonnier et d' autres réseaux, le soutien actif se poursuit. À Bruxelles, les services de renseignements signalent qu' « une campagne de dénigrement des casques bleus belges est organisée. Dans un télégramme en date du 15 mars 1994, ces services rendent compte de « livraisons d'armes en provenance de France » et rappellent qu' a « déjà été interceptée, le 21 janvier 1994, à l'aéroport de Kigali, une livraison de munitions déclassées parmi lesquelles des mortiers de l' armée belge en provenance de France . L' extermination démarre trois semaines après l' envoi de ce télégramme. Le 6 avril 1994 très exactement. Vers 20 heures 30. Mais notre soutien ne s' arrête pas là. Il va plus loin, beaucoup plus loin. Le 27 avril 1994, alors que de nombreuses organisations humanitaires parlent déjà de génocide, une délégation du gouvernement intérimaire rwandais est reçue à Paris. Nous sommes en pleine cohabitation. La délégation se rend à l'Élysée, où elle rencontre la cellule africaine, puis à Matignon, où elle est reçue par Édouard Balladur, et enfin au Quai d'Orsay, où l' attend Alain Juppé. (p.182) Dans cette délégation : Jean-Bosco Barayagwiza, chef de la Coalition pour la défense de la République (CDR), le parti politique des extrémistes hutu les plus radicaux, et actionnaire de Radio mille collines, « la radio qui tue , et Jérôme Bicamumpaka, « ministre des Affaires étrangères du gouvernement intérimaire. Jean-Bosco Barayagwiza a été condamné à trente-cinq ans de prison par le tribunal d' Arusha. Inculpé de génocide et de crimes contre l'humanité, Jérôme Bicamumpaka était en cours de jugement au début de l' année 2004 à Arusha.
 
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Johan Viroux 2008/05/12 23:10
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